Kinya Maruyama Architecte Workshopper Artiste
M le magazine du Monde 28.12.2012

"Un demi-siècle de pratique, mais une vitalité intacte : à 70 ans passés, l'architecte japonais Kinya Maruyama vole toujours de workshop en workshop. Rencontre au fil de ses ateliers, du jardin étoilé de Nantes au labyrinthe de terre du festival Grains d'Isère.

EcologiK magazine #22 – août /septembre 2011 "Pionniers / Kinya Maruyama / L’énergie du workshop"

Kinya Maruyama
Kinya Maruyama
Kinya Maruyama Tambo Art

La Thelema, un projet participatif de A à Z  (13-10-2011)

 

Chargé par l’association VillArt* de restaurer une ancienne maison en résidence d’artistes près du centre de Boulogne-sur-mer, Simon Himpens a fait d’une pierre deux coups : le projet sera également son sujet de diplôme. Mais l’essentiel est ailleurs, dans une réhabilitation «participative» à la mesure des oeuvres qu’elle accueillera.

Vie étudiante | Pas-de-Calais

«Thelema** sera un lieu de séjour, de recherche et de production artistique davantage qu’un lieu d’exposition», explique Simon Himpens. Chargé de la réhabilitation du bâtiment - «véritable lien entre milieu artistique et structures publiques» - l’étudiant en Master 2 à l’ENSA Versailles a souhaité «attiser la curiosité des habitants» sur le projet avant même sa livraison.

Autrement dit, le chantier est l’occasion d’inviter des artistes «en résidence».

«Un luthier sauvage est venu confectionner ses instruments de musique avec les matériaux issus du chantier, des étudiants en arts plastiques ont monté une installation évoluant au fur et à mesure des travaux». Tout ce beau monde dormant dans des hamacs le temps du séjour.

Bref, Simon Himpens a fait du chantier «un milieu d’expérimentation», c’est-à-dire de production et de lieu de vie où l’architecture côtoie les arts. Depuis le mois de juillet 2011 et jusqu’à la livraison du bâtiment, en mars 2012, les artistes se succèdent donc, parmi lesquels des membres du collectif lillois BLNK, sans compter les artistes locaux ayant souhaité se joindre au projet.

Une entreprise rendue possible grâce au budget (serré) accordé par VillArt à l’étudiant. Lequel a réinvesti ces deniers pour prendre en charge le séjour des artistes. Les collaborations sont notamment issues de rencontres faites lors d’un stage conduit chez Patrick Bouchain et Loïc Julienne (agence Construire) mais également lors d’une année d’échange à Tokyo.

«En ce moment, je travaille avec l’architecte japonais Kinya Maruyama, concepteur du Jardin étoile dans l’Estuaire de Nantes», précise Simon Himpens. Il recevra ensuite trois plasticiens et, en novembre, animera différents ateliers avec des stylistes.

 

D’ici là, avec l’aide de Kinya Maruyama et d’un maître charpentier japonais, Simon Himpens s’attache donc à la réhabilitation de l’ancienne bâtisse... au fur et à mesure des idées.

Participatif, le projet est, de fait, «intuitif». Pas de plan, seule une déclaration préalable pour obtenir l’accord des ABF (Architectes des Bâtiments de France). «Ayant conservé uniquement le couvert, j’ai supprimé tous les étages. C’est un projet qui évolue tous les jours, une architecture faite avant d’être pensée».

Pierre massive, bois, enduit en argile, «un peu de béton pour les fondations», les matériaux, pour l’essentiel récupérés telles ces chutes de bois offert par une scierie, inscrivent le projet dans une démarche durable.

Pour autant, «il ne s’agit pas de faire un bâtiment BBC», souligne Simon Himpens. Davantage que la dimension énergétique, c’est la dimension participative du projet qui lui confère son aspect écologique.

Souhaitant piquer la curiosité des habitants de Boulogne-sur-mer, Simon Himpens peut s’estimer, à ce titre, comblé. «Depuis un mois, j’ai des visites de curieux tous les jours», dit-il.

Et en mars 2012, une fois le projet livré ? «Je ne sais pas encore où et quand je vais mener ma HMO, j’aimerais éventuellement repartir à Tokyo travailler avec des charpentiers ; c’est ce que j’en ai retenu la dernière fois, le rapport au savoir-faire».

A l’avenir, Simon Himpens n’a en tout cas pas l’intention de faire «de l’architecture derrière un bureau».

 

Emmanuelle Borne

 

* VillArt, association loi 1901, a pour but de développer la création artistique comme «générateur de l’Urbain et de nouvelles relations sociales dans la ville». Elle actionne des processus culturels multiples à l’échelle de territoires mixtes. Elle a pour principal but de rassembler et de promouvoir des artistes de divers horizons, de diverses influences au sein des politiques culturelles des territoires.

** Thelema est la traduction du nom grec ancien θέλημα : 'volonté', dérivé du verbe θέλω : vouloir, désirer

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